dimanche 4 novembre 2007

[SALSA AND THE CITY]Le souffle montpelliérain


DJ El Calvo, lorsqu’il prend un CD de timba, il lui fait un bisou avant de le déposer dans le lecteur. On appelle ça le supplément d’âme. C’est ce qui a habité tous les artistes de ce premier congrès. À l’image d’Elegua, la troupe parisienne qui a envoûté le public avec une démonstration de salsa cubaine retraçant l’histoire de cette danse en trois époques. Avec eux, on est très loin de la performance sportive pour se rapprocher du théâtre. Celui de la vie. Des mouvements simples tirés du quotidien mais où se cache la complexité des sentiments. Une confiance en l’autre illimitée. La suprématie effrayante d’une musique qui n’a de cesse de se renouveler. De la magie noire. On en ressort ébranlé, comme des gens qui reviennent d’une expérience limite.

Mention ensorceleuse aussi à Audrey Sasso, en solo, avec sa palette subtile de femme multi facettes, à la fois libre et traquée, enjôleuse et fatale, troublante et troublée, enfin heureuse mais aussitôt nostalgique. Celui de la pétillante et caoutchouteuse Iris de Brito et sa rumba subtile à la façade de dessin animé humoristique. Sans parler de l’ouverture milonga de Flabio Aguillera d’une précision et d’une poésie touchante. Des Salsa-Kids. Le charisme de Mouaze Konaté et Aude Michon. La manière impressionnante de se libérer d’Agnès Guessab et Didier Galvani de Salsabor. Les guérilleros du barrio de Fabula de Consuelo. La fraîcheur de Scène Attitude.

Supplément d’âme toujours, pour le cadeau offert à Audrey et Abdellah -les organisateurs- par le groupe gitan de salsa Elégua. De la musique en chair et en os improvisée à la dernière minute. Alors le spectacle trouve un prolongement naturel dans la salle. Les musiciens sont les spectateurs, le public les acteurs. Tous les artistes du festival improvisent sur scène et dans la foule. On ne sait plus qui est qui, où l’on est, et quoi faire. Il faut suivre la ligne à l’envers. Et si on se retourne, ça fait peur : un millier de personnes en un seul mouvement avançant et reculant. Trois morceaux dilatés sur vingt minutes. Le temps est suspendu. C’est le tournant du festival.

Mo, qui n’a plus de voix -comme Audrey qui a trop donné-, associé à Icham surclasseraient un concours d’humour à la Djamel Debouze. Le temps d’installer les tables de mixage de 500 chevaux, vient le moment des remerciements et des applaudissements. On mesure l’effort inouï pour réaliser ce genre d’événement. Les nuits sans sommeils, les sommeils sans nuits, la patience chirurgicale, la progression millimétrique des succès microscopiques, l’avalanche d’e-mail, de coups de fil, les réunions dans la réunion, la perplexité face aux paradoxes législatifs, en un mot l’acharnement pour offrir à Montpellier ce festival de salsa. C’est plus que réussi, c’est l'exploit.

La salle immense des rencontres est minuscule. On ouvre le sous-sol. Cubaine et mambo dedans-dehors toute la nuit, comme un couple qui peut lâcher à tout moment, mais qui continue d’avancer, car leur histoire unique est indissociable. D’ailleurs, les gens dansent partout : dans le couloir, devant le vestiaire, sur la scène. Et ce n'est pas fini : bouquet final ce soir.


F.B

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