En tant qu'auteurs, nous sommes confrontés aux modes, aux genres et au commerce. Je ne joue pas au foot, mon père n'est pas acteur et je n'ai pas bravé la loi, ce qui fait que les médias ne peuvent espérer d'audimat en m'invitant. Alors, autant écrire ce que j'aime! Deux autres romans sont en cours, loin de Cuba, mais toujours aussi près de l'Homme.
F.B : (Toi qui est aussi percusionniste) Musiciens et DJ's de salsa : chiens et chats ?
(Des collaborations sont-elles possibles ? Les DJ's, meilleurs marchés, concurrencent-ils les musiciens ? L'oreille des salseros s'appauvrit-elle ? Musique live vs musique formatée ?!)
D.L : Chiens et chats : Non, pas frères ennemis, mais complémentaires. Il est évident qu'économiquement, la machine remplace l'homme et la fête n'y échappe pas. Aligner de 8 à 15 musiciens sur une scène est très cher et compliqué pour un organisateur de soirées. Et si on veut danser souvent, faut-il que ce soit accessible. Ce que je déplore, c'est le patronyme de Salsa ou Latino dans des soirées minables ou des cours sans âme avec des organisateurs à but lucratif uniquement !
Il arrive que des percussionnistes accompagnent les DJ's, c'est une bonne chose. Cela rappelle les bases de la danse, la clave et sa syncope et non 1,2,3...1,2,3. Je crois que les mordus de Salsa, comme pour toutes les disciplines, vivent leur passion avec la force qui les habite. Certains ne traverseront pas la rue quand d'autres feront des kilomètres.
Pour danser souvent, il faut danser "pas cher", mais il faut impérativement retrouver la vitalité du "live", l'improvisation du chanteur ou du musicien pour le suivre dans son monde. Le danseur peut y vivre la danse à 100%. Lorsque dans la rumba, le joueur de quinto parle avec le danseur, ils sont en symbiose, chacun se livre à l'autre. On ne remplacera pas cette émotion par du formaté.
Pour conclure, on ne peut pas opposer les deux genres, un musicien penchera toujours pour le live, mais un danseur privilégiera sûrement la possibilité de danser.
F.B : Et toi qui connaît Cuba de l'intérieur ; comment perçois-tu la manière de vivre (et de respecter) cette musique par les danseurs de salsa en France, mais surtout dans la région ?
D.L : Je ne veux pas faire de morale, chacun arrive à la Salsa à sa manière, avec ses moyens. Et comme toutes les musiques populaires, elle est vivante, elle bouge, suit l'évolution des sociétés qui la pratiquent. Si tu demandes à un Cubain de 20 ans de chanter du Omara Portuondo ou du Compay secundo, il va te demander si toi, tu chantes du Edith Piaf ou du Maurice Chevalier. Je suis sûr que certains lecteurs ne savent pas qui est l'un d'entre eux! Les paroles sucrées d'il y a trente ans, où le paysan travaillait dur pour économiser afin de se marier avec la douce fleur de ses pensées... sont très loin derrière les conflits de quartiers ou des revendications pour manger et être libre. Les temps changent, la musique aussi, elle suit malheureusement la dureté de notre société, comme celle de Cuba. Et là, je parle des musiciens et chanteurs.
En ce qui concerne les salseros du sud de la France, on est loin des cuadros de Santiago de Cuba où on grignote et on blague assis sur le trottoir en saluant le voisin qui passe et à qui on offre un verre de bière à trois pesos pendant le carnaval... Par la fenêtre sans vitres, les vieux écoutent une salsa nasillarde diffusée sur un radio cassette obsolète, les ados d'à côté, du reaggeton saturé. Les sons se mélangent, se superposent, mais on vit. Je ne peux pas faire de généralités. J'ai été super bien accueilli à Montpellier. Chocolate, Vanessa et tous les autres pour qui j'ai toujours une pensée émue, la musique diffusée, l'ambiance, la qualité des danses, oui, je peux le dire, j'ai pris mon pied. J'ai retrouvé la simplicité, le partage, la réponse à l'appel quand il s'est agit de revenir à Palavas pour accompagner la présentation de mon roman. J'y ai rencontré des passionnés assidus, qui cherchent à pratiquer au mieux et le plus souvent possible. A Orange, où je vis, les cours de Salsa sont pour une grande partie, dignes des salons de thé du 3e âge, rien à voir! A Avignon, j'ai de très bons amis aussi salseros et musiciens, A Marseille, ça bouge, Ernesto fait du bon travail. Partout, des amoureux de cette culture vivent leur passion. Bien sûr que j'entends parler de jalousie, de concurrence et de médiocrité, comme partout, mais je n'écoute pas, je n'y vais pas.
Le 22 septembre dernier, Hervé (cité dans Toca Leòn!) a organisé avec Léo une soirée gratuite sur une place d'avignon. Nous avons joué des tambours pour accompagner les danseurs. La danse en a été que plus vivante. Je pense que la Salsa "à la française" était respectable car populaire. Mon plus grand plaisir dans la Salsa (que je ne danse pas!!!! j'avoue), c'est le sourire des femmes. Je ne connais aucune autre danse qui les rende aussi heureuses et si belles.
Propos recueillis par Frédéric Berthezène.


1 commentaire:
j'ai beaucoup apprécié le roman qui offre un voyage à Cuba bien loin des clichés touristiques =plage; varadero etc...Mais une immersion au rythme des percussions dans la santeria, très agréable moment avec Dominique quand je l'ai rencontré à la Comédie du livre et cours de la lecture du roman...
Pour ce qui est de l'écoute de la salsa en live je suis évidament pour car quand on aime la salsa c'est évidament un bonheur d'assister à un concert, de la vivre avec le groupe, de sentir ce partage qui s'instore entre les musiciens et chanteurs et le public, et il y a aussi le plaisir de découvrir et redécouvrir des chansons qui nous transportent, qui partent souvent dans des versions délirantes au grès de l'intéraction qui se fait à ce moment entre le public et les artiste et là ça donne des purs moments de bonheur...
Ce qui ne m'empeche pas d'adorer les soirées ou les Dj passent des Cd, du moment que c'est de la bonne musique et qu'elle me permet de m'envoler...en tant que salsera, je me régale particulièrement aux soirées de Jorge et Choco et je trouve qu'il est tout à fait complémentaire et naturel d'assister à des concerts dès qu'on en a l'opportunité surtout quand on a la chance d'habiter à Montpellier et d'avoir le privilège de recevoir des groupes comme Puppy, Bamboleo, Los Van Van cet été à Sete & très bientot Maikel blanco...c'est du bonheur à l'état pur...donc vive la salsa...en soirées pour danser et en live pour le bonheur auditif et la présence des musiciens
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